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Cartes géographiques > Monde

Globe terrestre et globe céleste

Auteur : GREUTER, Matthæus
   

Description:

Exceptionnelle paire de globes exécutés et publiés à Rome par Matthæus Greuter, considéré comme le tout premier grand fabricant de globes italiens.

Rome, 1632 et 1636.

Chaque globe ici présent mesure 49 centimètres de diamètre, et est constitué de 24 demi-fuseaux gravés sur papier et aquarellés, montés sur une sphère de papier mâché, avec les calottes polaires ajoutées.

Les globes sont sur piètement à quatre colonnettes en palissandre peint, avec table d’horizon octogonale et anneau équatorial imprimés et rehaussés à l’aquarelle  (hauteur totale 75 cm environ, largeur totale 70 centimètres environ).  L’équinoxial forme un axe qui passe par les pôles pour le globe terrestre, et est incliné pour le rendre perpendiculaire à l’orbite sur le globe céleste. Ces globes ont été habilement restaurés. Piètements, tables et anneaux modernes.

PREMIERES EDITIONS.  

Matthaeus Greuter est un cartographe, cosmographe, dessinateur et graveur, né à Strasbourg en 1566 et mort à Rome en 1638. Il débute sa carrière artistique dans le sud de France, entre Avignon et Lyon, en tant que spécialiste de la gravure. Au début du XVIIème  siècle, il part pour Rome, où il travaille aussi bien pour le cardinal Scipion Borghese que pour le Vatican, et développe une activité d’éditeur.

Ce sont les plus grands globes fabriqués par Matthæus Greuter. La production de Greuter a été influencée par des cartographes hollandais, particulièrement par Willelm Janszoon Blaeu (1571-1638), dont il étudia les globes de 680 millimètres (datés de 1622), mais également par Plancius et van de Keere. En 1632 il publia à Rome la première édition du globe terrestre, suivi en 1636 par la première édition du globe céleste, inspiré des études de Ticho Brahé. 

Le globe terrestre est dédié à Iacobo Boncompagno de Bologne, arrière-petit-fils du pape Grégoire XIII. Il est orné de quatre cartouches de style baroque, écrits en latin : un cartouche contenant un texte de présentation du globe mentionnant la date de 1632 et portant la signature de Greuter, un cartouche de dédicace à Iacobo Boncompagno orné en tête des armoiries du dédicataire  et deux cartouches dont l’un orné d’un globe et deux personnages contient des notes sur la détermination des longitudes.

Greuter se distingue de Blaeu en ne faisant pas apparaître les lignes de rhumbs destinées à guider les navigateurs. Il a cependant effectué quelques mises à jour, notamment en faisant figurer l’île de Yezo, actuelle Hokkaido au nord du Japon, dont il aurait eu connaissance grâce à la carte de Christophoros Blancus, publiée à Rome en 1617. Greuter serait donc le premier à faire figurer sur un globe l’île japonaise d’Hokkaido.

Greuter aurait bénéficié des travaux de son contemporain Samuel de Champlain, et particulièrement de sa carte de la Nouvelle-France imprimée en 1632. Il a repris le toponyme de Nieu Nederland à l’emplacement de l’actuelle New York, que Blaeu fut le premier à utiliser sur une carte. Conformément aux connaissances de l’époque, la Californie est représentée comme une île, tandis que l’Australie est appelée Olanda Nuova. Pour les noms des régions de l’Ancien Monde, et pour les mers, Greuter a utilisé le latin, mais il nomme l’Atlantique Mar del Nort et le Pacifique Mar del Zur. Pour le Nouveau Monde, il a utilisé l’espagnol, le portugais, parfois même l’anglais, le français, le hollandais ou la langue locale.

Pour ce qui concerne la décoration, les mers sont entièrement aquarellées de vagues, et ornées de nombreux vaisseaux, monstres marins et roses des vents ; on y voit également une représentation de Poséidon jouant de la harpe en chevauchant un monstre marin et une sirène sonnant une conque marine.

Pour accompagner son globe terrestre de 1632, Greuter prépare un globe céleste de mêmes dimensions, qu’il édite en 1636. Il se base à nouveau sur les globes de Willem Blaeu de 1622, mais aussi sur les observations de l’astronome danois Tycho Brahé, et leur rend hommage dans le cartouche de présentation. Les étoiles observées par le navigateur Pieter Dirkszoon Keyser (latinisé en Petrus Theodori) autour du Pôle Sud, sont également reportées. Le cercle équatorial, les tropiques, les cercles polaires, les équinoxes, les colures des solstices, l’écliptique et les méridiens sont tous représentés. Hormis les constellations traditionnelles attribuées à Ptolémée, et celles récemment découvertes dans l’hémisphère Sud, notamment par Frederik de Houtman, le globe figure également deux constellations découvertes par l’astronome allemand Jakob Bartsch, toutes deux absentes chez Blaeu : Camelopardalis (la Girafe) et Unicornis (la Licorne). Le globe céleste de Greuter diffère aussi de celui de Blaeu par l’addition, au sein d’Ursa Maior, d’une ancienne représentation de cette constellation, nommée Plaustrum.

Les constellations sont finement dessinées et coloriées, avec leurs noms en latin.

En 1921, Edward Stevenson, cartographe à la Hispanic Society of America, recensait 27 paires des premières éditions des globes de Greuter de 49 centimètres, auxquelles on doit ajouter celle du Musée Stewart de Montréal, et 12 exemplaires isolés de l’un ou l’autre globe. La grande majorité de ces exemplaires se trouve dans des institutions italiennes. Nous n’avons trouvé aucun exemplaire à la BnF, et à notre connaissance, il n’existe aucun exemplaire dans les collections publiques françaises.

Au même titre que Vincenzo Coronelli, ces globes apporteront à Greuter une immense notoriété et rencontreront du succès tout au long du XVIIème siècle. Ils seront réédités par Giovanni Giacomo et Domenico de Rossi.

Les globes du XVIIe siècle sont rares sur le marché.

 Dahl, Edward H. et Gauvin Jean-François ? La Découverte du monde. Une histoire des globes terrestres et célestes. 2001. pp. 81-86; Stevenson, Edward Luther. Terrestrial and celestial globes. 1921. Volume 2